Le polo argentin et son lien avec le Trèfle

Publié le: décembre 15, 2014

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Le Polo irlandais est au Polo argentin ce qu’une catapulte est à un missile de croisière. Les chiffres parlent d’eux mêmes : l’Argentine a 180 clubs affiliés et presque 2000 joueurs enregistrés et sans doute environ 1000 autres non enregistrés. Une douzaine de joueurs possèdent un handicap de 10, c’est à dire le plus haut handicap du polo et beaucoup d’autres ont des handicaps de 9, 8 ou 7.

En ce qui concerne le polo Irlandais, en incluant le nord du pays, 8 clubs affichent fièrement 140 joueurs, comprenant ceux qui jouent en Angleterre plutôt qu’en Irlande. Le meilleur joueur a un handicap de 2 même si ce niveau est augmenté par les palefreniers argentins qui sont des joueurs professionnels (l’un d’entre eux a 5 de handicap) et qui étaient l’an dernier au nombre de 18. Les clubs les plus importants d’Irlande sont Bunclody, Wicklow, Waterford et Northern Ireland.

L’Argentine “exporte” annuellement des centaines de joueurs, chevaux de polo, managers de club et même des palefreniers gratuitement entre 3 et 9 mois aux clubs du monde entier dont ceux d’Irlande. Depuis les jeux Olympique de Berlin en 1936, où l’argentine a gagné la médaille d’or de polo, celle-ci règne sur le monde du polo.

En juillet dernier, lors du match d’inauguration de l’Argentine Republic Cup au parc Phoenix accueilli par le All Ireland Pol o club, l’ambassadrice de la coupe, Ana Pisano de Ashton a rendu hommage à l’Irlande pour sa contribution au polo argentin grâce aux descendants d’immigrants irlandais.

Depuis sa genèse dans les années 1870, l’histoire du polo argentin est inondée de noms irlandais et anglo-irlandais : Cavanagh, Duggan, MacGuire, Donovan, Ham, Moore, Donnelly, O’Farrell, Morgan, Rooney, Cullen, Shaw, Hearne, Lalor et MacDonald. Parmi eux, 9 joueurs ont atteint le summum du polo, le handicap de 10 et 4 équipes composées exclusivement de joueurs ayant des ancêtres irlandais ont gagné le plus prestigieux tournoi de polo : l’Abierto de Palermo argentin.

Toute étude des ingrédients irlandais du polo argentin doit commencer avec Juan (« Johnny ») Traill (1882-1958). Né en Angleterre de parents anglo-irlandais, son père, le révérend Robert Trail administrait le Schull Parish, Co Cork pendant la famine irlandaise. Johnny avait tout juste 5 ans lorsque sa famille a immigré en Argentine où son père avait acquis une estancia de 40000 acres. Jouant avec son frère Joe, il a dirigé l’équipe North Santa Fe et a gagné le trophée River plate, précurseur de l’Abierto de Palermo argentin en 1904, 1908 et 1913.

Monté sur les chevaux de polo élevés par la famille Traill, il a été le capitaine de l’équipe argentine pendant la saison anglaise, après laquelle la Hurlingham Polo Association a réévalué son handicap, le passant de 4 à 9. En 1913, il est devenu le premier joueur argentin ayant un handicap de 10. Il a joué à différents moments pour l’Argentine, l’Irlande et l’Angleterre. Résidant en Angleterre dans les années 20, lui et ses fils ont formé une équipe appelée the Traillers. Plusieurs de ses petits enfants, dont un John Traill, et de ses arrières petits enfants jouent aujourd’hui à son sport favori.

Dans sa nécrologie de Juan Diego (« Jack ») Nelson (1894-1964), le quotidien de Buenos Aires La Nación a décrit ce dernier en disant qu’il avait excellé dans tous les sports qu’il avait essayé : polo, golf, tennis, aviron, cricket, concours hippiques, équitation, athlétisme. « Il semble qu’il ait décliné la proposition du poste de capitaine de l’équipe de golf nationale pour se concentrer sur le polo, un jeu qu’il a commencé à l’âge inhabituellement avancé de 23 ans.

Il était le fils de John Nelson, né dans une Co.Kildcare, une famille de marchants maritimes. Avec l’apparition des expéditions réfrigérées, l’Argentine a pu exporter du bœuf pour la première fois vers l’Europe et l’Amérique du nord. La famille a envoyé John Nelson ouvrir un abattoir en Argentine, ou celui-ci s’est marié avec une membre d’une autre famille irlandaise, les Duggans dont l’un des enfants, Luis est également devenu un joueur de handicap 10.

Jack avait une parfaite coordination d’homme de cheval, de co-équipié et de leader comme capitaine et moteur pour pousser son équipe au delà de ses limites. En témoigne l’escadre de 8 joueurs avec leur propre cavalerie, qu’il dirigeait pendant la saison anglaise de 1922, et qui dans ses différentes versions a gagné absolument tous les tournois. A la demande de la US Polo Association, il a traversé l’Atlantique pour gagner l’US Open.

Lors des jeux olympiques de Paris en 1924, Nelson a dirigé l’équipe argentine qui a gagné sa première médaille d’or olympique tous sports confondus, et a frappé la balle marquant le but final à l’ultime son de cloche déclarant la fin du match. Pour les jeux olympiques de Berlin en 1936, il a officié en tant que chef d’équipe pour l’équipe argentine et à nouveau, a gagné la médaille d’or. En 1928, il a inauguré un tournoi de polo de l’hémisphère occidental, La Copa de les Americas et entre 1920 et 1937, il a gagné l’Abierto argentin six fois.

Il a été 3 fois président de l’Argentine Polo Association. La nécrologie de La Nación conclut : “Sa passion pour le sport était assortie d’un investissement comparable pour la plus grande cause de l’agriculture argentine… Il a obtenu la célébrité, les honneurs et les médailles et grâce au fait qu’il était facile à vivre et qu’il avait de grandes qualités humaines, il avait des amis partout venant d’origine diverses et il était aimé et admiré.”

En Argentine, comme dans les autres pays du nouveau monde, la plupart des immigrants Irlandais n’avaient pas apportés beaucoup plus que leur propre personne. La première génération a vécu à peine au-dessus du niveau de subsistance et s’est marié avec d’autres familles d’immigrants irlandais. Leurs descendants, pas les immigrants eux-mêmes, ont bénéficié de leurs rêves et achetant des estancias (des fermes) et en employant des gauchos (des cowboys issus de croisements Latino-argentino-indiens) dont le talent de cavaliers était, et est toujours, le sujet de légendes.

C’est ainsi que ça s’est passé pour le jeune Patrick Garrahan (1805-1870) âgé alors de 24 ans lorsqu’il a migré de County Meath vers l’Argentine où il a épousé Anne née Kenny. Parmi leurs neufs enfants, il y avait James (1836-1888) qui a épousé une Irlandaise, Margaret Cunnigham. Parmi les enfants de ces derniers, Thomas (1864-1936) a épousé Julia Juana O’Loughlin. Dans ses mémoires (dictées à sa fille, Laura née Garrahan), Thomas se rappelle de son père et de son grand-père vendant des moutons ou du bétail, d’abord pour d’autres négociants de bétail, et plus tard en leur nom.

Vivant sur des stations éloignées, cultivant ou élevant leur nourriture, ils ont loué un pâturage pour établir leurs propres troupeaux. En 1874, Anne, la veuve de Patrick Garrahan, a pu payer 2 millions de pesos (ce qui valait environ 100 000 dollars en or) à un fermier latino pour acheter une ferme de 4000 hectares près de Lobos dans la province de Buenos Aires. L’Estancia La Espadana est devenue le siège de la famille Garrahan.

Aujourd’hui, au sein de la communauté de Polo Argentine, La Espadana est synonyme du polo club portant le même nom que la ferme, et fondé en 1938 par les Garrahans et leurs cousins les Buchanans. Ses équipes ont gagné tous les plus grands trophées du calendrier argentin avec pour point culminant leurs 6 victoires à l’abierto de palermo argentin entre 1984 (et non pas 1894) et 1990. Pour les 4 dernières victoires de celui-ci, entre 1987 et 1990, l’équipe, unique au monde, jouait avec un handicap de 40.

Deux membres de l’équipe, Gonzalo et Alfonso Pieres sont des descendants par leur mère de Thomas Garrahan. Que ce soit en tant que joueur, stratège ou manager d’équipe, Gonzalo Pieres était la plus illustre figure du polo argentin du dernier quart du 20è siècle. Il a gagné l’abierto de palermo neuf fois et pour ses patrons de polo, l’américain Pater Brant dans les années 1980 et le magnat des médias australien Kerry Packer dans les années 1990, il a dirigé des équipes ayant gagné les plus grands trophées des championnats du monde entier.

En tant que directeur et désormais propriétaire du Ellerstina Polo Club, fondé par Kerry Packer à travers les fils de Gonzalo, Facundo et Gonzalito (tous deux de handicap 10 lorsqu’ils avaient environ 20 ans), ensembles avec leurs cousins MacDonough, Pablo et Matias, il a ramené Ellerstina au premier rang du polo Argentin, en gagnant l’abierto de palermo 2008. Si l’on la mesure en considérant les prix qu’elle demande pour ses pouliches et ses embryons élevés pour le polo, Ellerstina est le leader mondial de l’élevage des chevaux de polo.

A quelques 300 miles au sud ouest de Buenos Aires, le cousin des Pieres, Jorge MacDonough, père de Pablo et Matias, possède un autre élevage de chevaux de polo, La Irenita Embriones. Au delà des chevaux dont ont besoin ses fils, il vend annuellement plus de 100 juments non débourées à un prix moyen de 30 000 dollars pour les pouliches et US$6000 pour les colts. Il transfère également près de 1000 embryons à d’autres éleveurs de chevaux de polo avec son équipe de 5 vétérinaires.

Si l’on cherche d’autres excellents joueurs de polo argentins descendant de la famille Garrahan, il y a aussi Hector Crotto, né en 1951, gagnant de plusieurs championnats de haut niveau, anglais et américains et participant à l’abierto de palermo. Il y a également Carlos Diego et Donald Buchanan qui ont commencé le polo à La Espadana dans les années 1950, et les générations successives de Garrahans (dont Alejandro, Eduardo, luis, Marcos, Patricio et Thomas) qui ont commencé le polo à La Espadana et dont plusieurs sont devenus des handicaps 6 à 8.

Patrick Garrahan a émigré de Co.Meath trente ans avant que l’angleterre ne découvre le polo des tribues montagnardes indiennes et 40 ans avant que les officiers de la cavalerie ne fassent venir à Aldershot une balle de billard, divers maillets et clubs avec leurs montures pour tenter le jeu en angleterre. L’année suivante, en 1870, l’anglo-irlandais John Henry Watson, de county Carlow, a joué son premier match et peu après a fondé le Carlow polo Club. En 1873, comme le All Ireland Polo Club, il a relocalisé son club au Dublin’s Phoenix Park, aujourd’hui l’un des plus vieux clubs de polo d’europe.

Ni Patrick Garrahan, ni son fils ou petit fils ne pouvaient prévoir l’impact de leurs descendants, avec des noms irlandais ou latinos, sur le Sport des Rois.

Ecrit par Chris Ashton, correspondant pour Polo Players’ Edition.

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